Rapport VIH novembre 2006 à décembre 2007


6erapport conjoint sur le programme de dépistage volontaire du VIH / SIDA dans la province du SUD-KIVU, République démocratique du Congo (RDC) Rapport VIH novembre 2006 à décembre 2007
Catégorie : General

6e rapport conjoint sur le programme de dépistage volontaire du VIH / SIDA dans la province du SUD-KIVU, République démocratique du Congo (RDC)

Période de novembre 2006 à décembre 2007

Publié en mai 2008

Le présent 6ème rapport conjoint de l’association SIDA Information Suisse (SIS) et de la fondation Kataliko Actions for Afrika (KAF) couvre la période de novembre 2006 à décembre 2007. Il se divise comme d’habitude en deux parties, dont la première concerne la population touchée par le programme à Bukavu, la deuxième celle de Kamituga.

 

A Bukavu, la sensibilisation est faite en collaboration avec les partenaires traditionnels, surtout des institutions de santé mais aussi diverses ONG (associations professionnelles, groupes confessionnels etc). Le nombre de participants à des conférences d’information sur le VIH/sida a varié entre quelques douzaines et plus de 400 personnes. Les 37 conférences données au cours de l’année 2007 ont permis de motiver près de 2478 auditeurs à se faire dépister au VIH. Les autres candidats qui se sont présentés spontanément au dépistage volontaire dans notre centre de dépistage à l’av. 120 PE Lumumba à Bukavu ont été sensibiliés grâce aux communiqués dans les radios locales (p.ex. Radio Stars, Radio Maendeleo, RTNC Bukavu), à l’enseigne accrochée devant le centre ainsi que grâce à la propagande bouche à oreille.

A Kamituga, la tradition de la sensibilisation par l’équipe mobile a été poursuivie. Nos ressources restreintes durant la période de rapport n’ont pas permis l’établissement d’un rapport de sensibilisation détaillé. Le 8 août 2007, le centre de dépistage a été délocalisé de son ancien site à l’Hôpital général de Kamituga dans un local autonome au quartier Bodega, Essence.

 

Résultats du dépistage volontaire à Bukavu (Nov. 2006.-30.9.2007)

Totalité des tests

 

Résultats négatifs (%)

Résultats positifs (%)

Indéterminés (%)

Non valides (%)

Total (%)

6018 (96)

229* (4)

0 (0)

0 (0)

6247 (100)

 

*Parmi les résultats positifs, six n’ont pas été confirmés par un second test.

Répartition selon l'âge

 

Enfants 0-6 ans (%)

Enfants 7-15 ans (%)

Adultes (%)

Total (%)

8 (<1)

27 (<1)

6212 (99)

6247 (100)

 

Répartition selon le sexe ( enfants 7-15 ans et adultes) (vu le nombre peu élevé d’enfants 7-15 ans ayant été dépistés ainsi que les taux de séropositivité comparable aux adultes, nous avons choisi de les intégrer dans un tableau commun avec les adultes)

Hommes (%)

Femmes (%)

Total (%)

2715 (44)

3524 (56)

6239 (100)

Nombre de femmes enceintes dépistées: 703 (20 % des femmes).

Les raisons qui ont poussé à faire le test :

Motifs pour le test

Total (%)

Risque de transmission sexuelle

5724 (92)

Risque de transmission sexuelle, circonstances particulières*

228 (3,5)

Symptômes suspects du sida/ problèmes de santé**

270 (4)

Contrôle suite à une transfusion sanguine***

6 (<1)

Interventions médicales, doutes sur la stérilité des instruments

14 (<1)

Suspicion de transmission de la mère à l’enfant

2 (<1)

Autres (utilisation de rasoir souillé, tatouages etc.)

3 (<1)

Non éclairé

0 (0)

 

Total

6247 (100)

 

* 56 femmes prostituées ; 163 femmes violées ; 9 personnes dont l’état de séropositivité du conjoint est connu

** Y compris la totalité des enfants dépistés hormis ceux qui sont compris dans le groupe des transfusion sanguine et transmission mère-enfant

*** 4 femmes dont une enceinte ; 2 enfants

Conseils pré- et post-test, révélation des résultats : Tous les candidats au dépistage ont bénéficié d’un conseil individuel avant le test ; dans la majorité des cas, les conseils ont été prodigués par l’équipe des infirmiers /laborantins, alors que dans d’autres par le médecin-conseil. De même, chaque candidat a pris connaissance de son résultat et a bénéficié, au besoin, de conseils post-test.

Analyse des résultats séropositifs

Répartition selon l'âge

 

Enfants 0-6 ans (%)

Enfants 7-15 ans (%)

Adultes (%)

Total (%)

3 (1,3)

1* (<1)

225 (98)

229 (100)

 

*1 fille, état après transfusion

Parmi les adultes, 3,6 % sont séropositifs ; parmi les 7-15 ans, 3,7%. (En raison du manque de représentativité, le taux de séropositivité des enfants en bas âge n’est pas considéré.)

Classification selon le sexe (enfants 7-15 ans / adultes)

 

Hommes (%)

Femmes (%)

Total (%)

90 (40)

136 (60)

226 (100)

 

Le présent dépistage démontre un taux de séropositivité de 3,8 % parmi les femmes, et un taux de 3,3 % parmi les hommes.

 

Nombre de femmes enceintes séropositives: 12 (inclus la femme violée). Cela représente 3 % des femmes enceintes testées.

Séropositivité selon les raisons qui ont poussé à faire le test

 

Motifs pour le test

Total (% du total du groupe de motivation)

Doute d’une transmission sexuelle

125 (2)

Doute d’une la transmission sexuelle, circonstances particulières*

42 (18)

Symptômes suspects de sida

59 (21)

Contrôle suite à une transfusion sanguine

6 (100)

Interventions médicales dont la stérilisation des instruments fut douteuse

0 (0)

Transmission de la mère à l’enfant

2 (100)

Autre / Non précisé

0 (0)

Total

229 (4)

* 5 personnes dont la séropositivé du conjoint est connue; 7 femmes violées ; 30 femmes prostituées. Le taux de séropositivité des femmes violées s’élève donc à 4% ; auprès des femmes prostituées à 53%.

 

Etat de santé des personnes séropositives

Le tableau de symptômes parmi les personnes séropositives est superposable avec celui des dépistages précédents.

Commentaires sur les résultats du dépistage à Bukavu

En matière de prévalence du VIH globale, le dépistage effectué à Bukavu au cours de l’an 2007 confirme la stabilisation que nous avons déjà observé dans la période antérieure. Avec une séroprévalence de 3,6% parmi les adultes, nous avons obtenu exactement le même taux que durant la période de mars à début novembre 2006. Le taux auprès des femmes (3,8%) continue à être un peu plus marquée que celle des hommes (3,3%), mais cette différence a diminué par rapport à la période antérieure. En plus, la séropositivité parmi les femmes enceintes (3%) se trouve à nouveau légèrement inférieure à la prévalence générale (ce qui est d’ailleurs étonnant, vu l’expérience des grandes études de sérosurveillance en Afrique subsaharienne, qui tendent à démontrer une prévalence plus marquée chez les femmes enceintes que dans la population générale). La séropositivité parmi les femmes et filles qui ont indiqué un viol dans leurs antécédents est quasi la même (4%) que parmi les femmes en général. On peut donc supposer que le taux de séropositivité parmi les hommes armés qui insécurisent la région n’est pas (ou plus) nettement supérieur à celui de la population locale.

Le dépistage auprès d’un collectif restreint (56) de femmes qui se prostituent a donné par contre des résultats très inquiétants; plus de la moitié (53%) se sont trouvées infectées. Un deuxième élément préoccupant est le fait que les 6 personnes qui ont indiqué un état après transfusion en tant qu’éventuelle source d’infection VIH sont toutes séropositives. Ce fait choquant et alarmant rappelle une fois de plus que l’Etat congolais qui se reconstruit timidement devrait faire de l’assainissement du système de santé une priorité parmi ses priorités.

Résultats du dépistage volontaire à Kamituga (3.2.2007 – 30.12.2007)

Totalité des tests

 

Résultats négatifs (%)

Résultats positifs (%)

Indéterminés (%)

Non valides (%)

Total (%)

2014 (92)

167 (8)

0 (0)

0 (0)

2181 (100)

 

Répartition selon l'âge

 

Enfants 0-6 ans (%)

Enfants 7-15 ans (%)

Adultes (%)

Total (%)

16 (1)

128 (6)

2037 (93)

2181 (100)

 

Répartition selon le sexe (adultes)

 

Hommes (%)

Femmes (%)

Total (%)

1145 (56)

892 (44)

2037 (100)

 

Nombre de femmes enceintes dépistées: 167 (19 % des femmes)

 

Parmi les femmes enceintes se trouve 1 femme violée

Répartition selon le sexe (enfants 7-15 ans)

 

Garçons (%)

Filles (%)

Total (%)

57 (44)

71 (56)

128 (100)

 

- Parmi les filles, 1 est enceinte et 2 ont indiqué un viol dans les antécédénts

- La plupart des filles a demandé un bilan VIH suite à la reprise d’une activité sexuelle précoce

- Parmi les garçons, des problèmes de santé / éventuels symptômes de sida, liés dans certains cas à un état après transfusion, ont été le motif de consultation le plus fréquent

 

 

Les raisons qui ont poussé à faire le test :

 

Raisons

Total (%)

Risque de transmission sexuelle

1704 (78)

Risque de transmission sexuelle, circonstances particulières / haut risque (femmes/filles violées*, conjoint séropositif etc.)

9 (<1)

Symptômes suspects de sida**

387 (18)

Contrôle suite à une transfusion sanguine***

11 (<1)

Interventions médicales dont la stérilisation des instruments fut douteuse

1 (<1)

Utilisation de « matériel souillé » (p.ex. lame de rasoir)

68 (3)

Suspicion de transmission de la mère à l’enfant

1 (<1)

Autres

0 (0)

Non éclairé

0 (0)

 

Total

2181 (100)

 

* 5 femmes adultes dont 1 enceinte, et 2 écolières ; 2 autres femmes violées sont attribuées au groupe de risque général de transmission sexuelle comme le viol était récent, le résultat du test VIH ne pouvait donc pas être mis en rapport avec cet événement

** presque tous les enfants dépistés présentaient des problèmes de santé mais ils sont en partie attribués à d’autres raisons (p.ex. transfusion)

*** tous des enfants, tout âge confondu

 

 

 

Conseils pré- et post-test, révélation des résultats : Tous les candidats au dépistage ont bénéficié d’un conseil individuel avant le test (cf. Bukavu). La quasi-totalité a pris connaissance de son résultat et a bénéficié, au besoin, de conseils post-test. Seules 2 personnes séropositives n’ont pas souhaité prendre connaissance de leur résultat.

 

 

 

Analyse des résultats séropositifs

 

 

Répartition selon l'âge

 

Enfants 0-6 ans (%)

Enfants 7-15 ans (%)

Adultes (%)

Total (%)

3 (2)

8 (5)

156 (93)

167 (100)

 

 

Parmi les adultes, 7,7 % sont séropositifs ; parmi les enfants 7-15 ans, 6 %. (En raison du manque de représentativité, le taux de séropositivité des enfants en bas âge n’est pas considéré.)

 

 

Classification selon le sexe (adultes)

 

Hommes (%)

Femmes (%)

Total (%)

72 (46)

84 (54)

156 (100)

 

Le présent dépistage démontre un taux de séropositivité de 9,4 % parmi les femmes, et un taux de 6 % parmi les hommes.

 

Parmi les femmes enceintes, 10 ( 6%) se sont révélées séropositives.

 

Classification selon le sexe (enfants 7-15 ans)

 

Garçons (%)

Filles (%)

Total (%)

5 (62)

3 (38)

8 (100)

 

- 1 fille a été infectée par voie sexuelle, 1 par transfusion sanguine ; pour la 3ème, aucune indication n’est disponible

- les 5 garçons ont reçu une transfusion sanguine, éventuelle source de l’infection

 

 

Séropositivité selon les raisons qui ont poussé à faire le test

 

Raisons

Total (% du total du groupe de motivation)

Doute d’une transmission sexuelle

115 (7)

Transmission sexuelle, circonstances particulières*

2 (22)

Symptômes suspects de sida

41 (11)

Contrôle suite à une transfusion sanguine

9 (82)

Interventions médicales dont la stérilisation des instruments fut douteuse

0 (0)

Utilisation de « matériel souillé »

0 (0)

Transmission de la mère à l’enfant

0 (0)

Autre/ Non éclairé

0 (0)

Total

167 (8)



*1 homme et 1 femme dont la séropositivité du conjoint est connue

 

 

 

Commentaire sur les résultats du dépistage à Kamituga

 

 

Le dépistage à Kamituga a donné des résultats peu rassurants ; avec une prévalence du VIH globale de 7,7% parmi les adultes, le taux d’infection est supérieur à celui de la période de mai à début novembre 2006. Comparé aux années antérieures, on peut quand même conclure qu’il y a une certaine stabilisation, car dans certaines périodes, nous avons obtenu des prévalences allant jusqu’à 19%. Le taux d’infection auprès des femmes (9,4%) est supérieur à celui des hommes (6%), ce qui n’a pas été le cas dans les périodes précédentes. D’autres variations des pourcentages sont prévisibles, comme le nombre de candidats au dépistage est inférieur à celui de Bukavu. (Ceci n’est pas dû à un manque de motivation de la part de la population mais plutôt à nos moyens limités.) Comme à Bukavu et comme dans des périodes antérieures, la prévalence parmi les femmes enceintes (6%) est inférieure à celle du total des femmes (9,4%), et les raisons de ce phénomène sont incomprises.

Suite à la sensibilisation auprès des écoliers du secondaire, un nombre considérable de jeunes adolescents des deux sexes ont demandé un dépistage volontaire ; le motif évident, dans la majorité des cas, a été un bilan après reprise d’une activité sexuelle précoce (on peut admettre que cela concerne également les nombreux garçons qui ont indiqué un problème de santé en tant que motif pour le test). Vu le nombre peu important, sur le plan statistique, des128 enfants 7-15 ans dépistés, l’on ne peut pas encore dire si le taux de séropositivité alarmant de 6% se confirmera dans les futurs dépistages. Le problème de la sexualité précoce est connu à Kamituga et pose, entre autre, des problèmes importants dans le domaine de la maternité / obstétrique ; il méritera une attention particulière de la part des autorités éducatives et sanitaires, une fois que celles-ci redeviendront fonctionnelles.

Comme à Bukavu, nous continuons de faire face à des cas de forte suspicion de transmission du VIH par des transfusions sanguines; à Kamituga aussi, la grande majorité des personnes qui ont indiqué une transfusion d’un donneur avec sérostatus inconnu ont été séropositives au test.

 

 

 

Conclusions

 

Nos conclusions sur la sensibilisation et le dépistage volontaire et confidentiel du VIH/sida en R.D.Congo sont largement superposables avec celles des périodes antérieures. Les conditions sur le terrain n’ont guère changé ; ni l’intérêt de la part des Congolais potentiels bénéficiaires de notre projet, qui continuent, tout âge confondu, à affluer aux séances de sensibilisation et au dépistage. Notre travail est plus que jamais nécessaire pour cette population déshéritée. Nous souhaitons d’ailleurs développer nos projets par une prise en charge systématique des personnes atteintes par le VIH/sida et des victimes de violence et d’arrestation arbitraire. Nous remercions nos donateurs et partenaires pour leur soutien continu et les encourageons à maintenir leur contributions grâce auxquelles nos deux associations peuvent offrir un accès au dépistage en tant que premier pas d’une prise en charge globale.